À propos

Romjy construit ses œuvres comme Henry David Thoreau sa cabane : en brisant une frontière trop hermétique aux dialogues entre nature et culture. C’est à travers le terme choisi de bidouillage que l’on entre dans l’œuvre protéiforme de cet artiste, qui ne s’encombre ni de définition, ni de mythologie. A l’ère de l’anthropocène, l’acte créateur ne peut plus se confondre dans l’idée d’un geste démiurgique. Au contraire, l’artiste est un bricoleur, un agenceur du réel, celui qui construit son objet avec les moyens de son monde. Raphia, déchets et plastiques côtoient la pierre et le bois des forêts du Nord du Québec.

Ce sont dans les pratiques pauvres que l’artiste puise son répertoire formel. L’art brut, l’arte povera mais également l’art océanien ont nourri son univers et lui ont conféré un souci de l’expressivité des matériaux employés. Récupérer, recycler, rafistoler sont des actes qui permettent de réparer le vivant qui se tient devant nous. Dans le bidouillage, le geste de l’artiste est minimal, il agit comme une subversion du réel existant. Les œuvres de Romjy médiatisent notre lien à l’environnement ; dans l’assemblage incongru d’éléments trouvés apparaissent des figures anthropomorphiques. Les associations libres et improvisées qu’elles produisent rappellent la paréidolie, acte psychique qui consiste à identifier des formes familières dans les nuages, dont Romjy semble faire méthode.

De cette rencontre entre les traces d’une société post-industrielle et d’une nature sépulcrale ressort un constat alarmant, celui de l’urgence climatique. Mais l’aspect volontairement brut et naïf de ces œuvres appelle un tout autre constat : celui d’une positivité de la désobéissance civile et de la réappropriation par chacun de l’espace public par l’acte créateur. Là encore, Thoreau n’est pas bien loin.